Ramadan. 🌙
À Casablanca comme ailleurs, les visages se font plus sobres. Comme si ce mois nous invitait à retirer les couches du visible pour mieux sonder l’invisible. C’est le moment idéal pour interroger un mot que l’on croit connaître, mais qui cache bien son jeu.
Il était une fois un mot mal compris.
La mécanique du "Faire"
Tout commence par la mécanique de l'action. Le terme s'enracine dans le vieux picard maquier, qui signifie tout simplement "faire" ou "fabriquer". À l'origine, aucune poudre ni rouge à lèvres : on "maquie" un objet, on le produit.
L'ombre des Tripots
Mais très vite, le mot bascule du côté obscur. Au XVIIᵉ siècle, il ne fréquente pas les salons mondains. Il hante plutôt les ruelles de la Foire Saint-Germain à Paris ou les arrière-salles enfumées.
« Maquiller », c’est alors faire avec ruse : dissimuler, truquer, altérer. On maquille les cartes à jouer dans les tripots, on maquille les dents d'un vieux cheval au Marché aux chevaux pour flouer l'acheteur.
Le mot sent l’arrangement douteux. Il porte en lui le sceau de la méfiance.
La Lumière des Tréteaux
Puis, le théâtre s’en empare. Sous les dorures de la Comédie-Française, l’acteur se « maquille » pour devenir un autre. On ne cherche plus à tromper, mais à incarner. Le fard n’est plus un mensonge, il devient l'outil d'une métamorphose théâtrale. 🎭
Le mot glisse alors de la fraude à la transformation.
Une Double Vie Contemporaine
Au XXᵉ siècle, il entre dans la lumière électrique. Des studios de Cinecittà aux passerelles de la mode, il ne s’agit plus de cacher, mais de sculpter avec la lumière. Le soupçon devient purement esthétique.
Et aujourd’hui ? Le mot mène une double vie :
- On maquille encore des bilans financiers (et l'esprit de l'ingénieur s’en inquiète à juste titre).
- On se maquille le visage pour se sentir prêt, confiant, aligné.
De la fabrication brute à l’expression de soi, le mot a voyagé. Comme beaucoup de termes, il n’a pas changé de racine ; il a changé de regard.
Alors, la vraie question n'est peut-être pas : « Le maquillage cache-t-il ? »
Mais plutôt : Qu’est-ce que chaque époque choisit de voir lorsqu'elle regarde un visage ?
Les mots évoluent. Et parfois, ils nous maquillent plus que nous ne les maquillons.

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