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Le casse du siècle : Comment s'offrir deux banques avec l'argent des autres

Publié le mai 02, 2026

Chronique Économique
BMCI et Crédit du Maroc : L'art du LBO bancaire façon Holmarcom

Enquête & Analyse
LBO, dettes et BMCI : Ce qu'on ne vous dit pas sur la naissance de ce nouvel empire bancaire.
Auteur

Par l'Observateur Perplexe

Ah, la Bourse de Casablanca ! Ce petit Wall Street du boulevard Ziraoui où l’on s’échange des millions entre deux thés à la menthe. Depuis quelques mois, une rumeur s'est transformée en réalité implacable : les Français plient bagage. Le Crédit Agricole a fait ses valises, suivi de près par BNP Paribas. Et qui est là, sur le pas de la porte, souriant, pour racheter les meubles, les guichets et les stylos attachés avec une petite chaîne ? Le groupe Holmarcom.

À lire les communiqués de presse, on croirait presque à un acte de patriotisme désintéressé. « Consolidation de la souveraineté financière nationale », nous dit-on avec des trémolos dans la voix. Très bien. Mais moi, modeste citoyen qui a parfois du mal à finir le mois (et à comprendre mon agio), je me suis posé une question bête, terriblement bête : D'où sortent-ils tout cet argent ?

Parce que, soyons précis, on ne parle pas d'acheter une Dacia d'occasion. Le Crédit du Maroc, c'était environ 4,8 milliards de dirhams. La BMCI, on chuchote que c'est entre 6 et 8 milliards. Faisons le calcul, ça nous fait une facture d'épicerie qui tourne autour des 12 milliards de dirhams. Même en cassant toutes les tirelires en forme de cochon de la famille Bensalah, le compte n'y est pas.

Acte I : Le Système Maroc (Ou la fuite des devises)

Commençons par prendre un peu de hauteur. Regardons le Maroc comme un grand récipient. Dans cette belle histoire de souveraineté, il y a un léger détail qui donne des sueurs froides à Abdellatif Jouahri, l'éternel gardien du temple de Bank Al-Maghrib.

Quand Holmarcom achète la BMCI à BNP Paribas, ils ne paient pas avec des bons points ni avec des bouteilles d'Oulmès. Ils paient en vrais sous. Et BNP Paribas, cet argent, ils le veulent chez eux, à Paris. Idem pour le Crédit Agricole.

  • Flux sortant (Le trou dans la caisse) : Environ 12 milliards de dirhams convertis en euros qui quittent définitivement le territoire marocain. Au revoir, bon voyage !
  • Flux entrant (La consolation) : La SFI (Banque Mondiale) est venue injecter 1,35 milliard de dirhams pour participer à la fête. C'est gentil de leur part.

Faisons la soustraction : Le Maroc vient de voir s'envoler un net de près de 10,6 milliards de dirhams en devises. Bank Al-Maghrib regarde ses réserves de change avec la même angoisse qu'un père qui vient de payer les frais de scolarité de ses trois enfants d'un coup.

Mais rassurez-vous, disent les économistes en ajustant leurs lunettes : "Sur le long terme, les dividendes de ces banques ne partiront plus en France. Le Maroc s'y retrouvera dans... disons, vingt ans." Ouf. Nous voilà sauvés.

Acte II : Le Système Holmarcom (La multiplication des pains)

Maintenant, zoomons sur le groupe Holmarcom. Comment trouve-t-on 12 milliards quand on n'a "que" 3,2 milliards d'argent frais en poche ? (Rappelons qu'ils ont récolté l'argent de la Banque Mondiale, vidé les caisses de l'assurance AtlantaSanad et vendu quelques actions du Crédit du Maroc en Bourse).

Il manque la bagatelle de 9 milliards de dirhams. C'est le fameux gap. C'est ici que l'histoire devient sublime et confine au génie poétique.

Comment acheter une banque quand on n'a pas l'argent ?

Étape 1 : Allez voir d'autres banques (Attijariwafa, BCP).
Étape 2 : Demandez-leur poliment de vous prêter 9 milliards pour acheter leurs concurrents.
Étape 3 : Promettez de les rembourser.
Étape 4 (La plus belle) : Utilisez les bénéfices de la banque que vous venez d'acheter pour rembourser l'emprunt !

Oui, vous avez bien lu. C'est ce qu'on appelle élégamment un Leveraged Buy-Out (LBO) dans les salons feutrés. En termes de café de commerce, ça veut dire que le Crédit du Maroc et la BMCI vont payer pour leur propre rachat.

C'est exactement comme si vous achetiez le taxi de Si Mohammed en empruntant à la banque, puis que vous disiez à Si Mohammed : "Continue de conduire, et avec la recette de tes courses, je vais rembourser le crédit de la voiture qui est maintenant à moi." Chapeau bas l'artiste !

Le Bilan des Courses

L'écart à financer : ~9 Milliards de Dirhams.

Qui finance ? Un syndicat de banques marocaines (la dette).

Qui rembourse au final ? Le client de la BMCI et du CDM, dont les agios et les frais de tenue de compte se transformeront en dividendes, qui iront chez Holmarcom, qui paiera ses traites aux autres banques.

Épilogue : Tout est bien qui finit dans les bilans

Au final, l'argent circule en circuit fermé, défiant les lois de la gravité financière. L'acheteur s'endette auprès de ses futurs confrères pour acquérir un actif qui s'autofinancera.

C'est beau comme un théorème d'algèbre. C'est fluide comme une poésie de l'ère capitaliste. Et moi, pendant ce temps, ma banque vient de me refuser une autorisation de découvert de 500 dirhams sous prétexte que mon "ratio d'endettement n'est pas optimal".

La prochaine fois, c'est promis, au lieu de demander un découvert, je demanderai un prêt syndiqué pour racheter la succursale de mon quartier. Sur un malentendu, avec un bon LBO, ça peut marcher.

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